Archives journalières : 29/09/2014

Les poulets qui prennent le Métro ont-ils une âme ? par Martin Brem

S’il est une énergie infiniment renouvelable, c’est bien celle de la polémique.

On connaît la Controverse de Valladolid : les Indiens ont-ils une âme ? Sepulveda et Las Casas s’affrontent : on argumente, on tergiverse, on s’insulte parfois.

A chaque époque ses interrogations. Celles qui agitent parfois la nôtre ne suscitent pas moins d’agitation. Que penser des Chefs qui s’approvisionnent parfois chez des grossistes ?

Las Casas plaidait pour que l’on reconnaisse l’existence d’une âme aux Indiens. Les Chefs perdent-ils la leur tandis qu’ils s’aventurent chez « Métro »   ?

Ce qui importe au gourmet, c’est ce qu’il trouve dans son assiette. Les produits sont-ils de qualité chez Métro ? Difficile de dire le contraire. On y trouve souvent un choix de produits assez remarquable, au nom de quelle idéologie s’en priver ? Et en plus certains grossistes jouent la carte du local : du poulet ayant gardé l’accent alsacien, peut-on rêver de mieux ?

Est-il possible de trouver des plats tout faits ? Assurément. Mais c’est alors seulement que les chemins se séparent entre les Chefs, les vrais, et les autres. Le Chef, le vrai, c’est celui pour qui tout reste encore à faire au sortir du magasin : un produit, fût-il de qualité, n’est rien s’il n’est transformé, sublimé par un talent qui lui donne une seconde vie, fût-elle éphémère, une fois encore. Une recette personnelle, une préparation aux mille attentions, un « je ne sais quoi » comme dirait Boileau, qui n’appartient qu’à chaque Chef digne de ce nom.

A Paris, les bouches de métro engloutissent des millions de passagers à l’air hâve, blêmes comme des produits plus très frais. En Alsace les métiers de bouche peuvent bien s’engouffrer dans un Métro – ou dans un marché, qu’importe : ils ressortiront à la Station « Cuisine », toujours pour faire le bonheur des gourmets, et c’est fort bien ainsi !


Martin Brem
 – Des cours de français au coaching orthographe et expression écrite, en passant par ses activités de « plume », d’écrivain ou de chroniqueur livres  : rien de ce qui concerne le plaisir des mots ne lui est totalement étranger…