Archives journalières : 14/10/2015

Chef, apportez-moi l’addition et la taxe foncière !

Tout rapetisse. Les banquises, la durée des jours, la fiche de paie.

Cela ne va pas sans paradoxe : les gens sont de plus en plus grands, leurs appartements de plus en plus petits. Peut-être est-ce une façon de s’assurer que le taux de natalité reste élevé.

Quand on construit, ce n’est guère mieux. On a tous connu ce moment délicat. On est invités à un barbecue chez des amis dans un lotissement : or la maison, le terrain autour sont si petits que l’on passe à côté sans les voir. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un GPS dans sa voiture mais aussi un microscope.

Les plus chanceux ont eu un jardin, un jour : las, très vite la piscine hors sol et la balançoire ont eu raison de lui. Les seuls végétaux qui subsistent sont les glorieuses haies de thuyas ou alors des trucs plus discutables dans la table de nuit des adolescents. Parfois des parents.

– Papa, c’est quoi des fleurs ?
– Tu demanderas à ton instit…

Darwin qui n’avait rien d’un idiot avait bien compris que toute l’astuce de l’existence était dans l’art de s’adapter. Les Chefs qui connaissent leurs classiques en ont tenu compte.

Vous n’avez pas de jardin ? Allez au restaurant ! Les Chefs vous proposent des assiettes qui n’ont rien à envier à ces espaces fleuris. N’associe-t-on pas la volaille, le gravlax avec la tagète ou œillet ? Un poisson d’eau douce ? On songe bien sûr à la capucine… Une envie de décorer, tout simplement ? La pâquerette ou la fleur pied de poule s’imposent… Faut-il continuer ? Assurément les Chefs sont mieux placés pour le faire…

Alors bien sûr : il en est des fleurs comme des champignons. Il en est d’apparence sympathiques mais qui se révèlent oh combien toxiques. Bref, à moins d’avoir quelque compte à régler avec sa belle-mère, son patron, ou, plus discutable encore, avec son conjoint, le mieux est de confier ses intérêts gastronomiques à un expert.

Bref, une belle assiette au restaurant vaut parfois tous les jardins du monde, ou presque. Mais ne le répétez pas trop. L’Etat qui manque de recettes autres que culinaires pourrait bien y exercer toute son imagination. Après s’être régalé le client paie déjà de la TVA. Il serait dommage qu’on lui rajoute bientôt une taxe foncière.

L’été disparaît, et avec lui bientôt toutes les fleurs. « Il n’est de paradis que ceux que l’on a perdus » disait Proust… Et ces fleurs, on ne les a pas encore perdues que déjà on les regrette : dans son jardin, dans son assiette…

Martin Brem – Des cours de français au coaching orthographe et expression écrite, en passant par ses activités de « plume », d’écrivain ou de chroniqueur livres  : rien de ce qui concerne le plaisir des mots ne lui est totalement étranger…