Les lièvres de Madame Trierweiler

On doit à Madame Trierweiler la popularisation d’une expression : « les sans-dents »

On ignore davantage que la question des « sans-dents » est une question permanente au sommet de l’État.

Ainsi Monsieur Hollande aurait désigné les pauvres par cette expression : elle vise les malheureux qui ont fait le deuil de feu une molaire, feu une canine sans avoir les moyens de les remplacer : cela donne à leur conversation une profondeur de perspective qui n’a rien à voir avec celle de leur réflexion. A l’époque de Louis XIV le « sans-dents » c’est le Roi Soleil lui-même. Plus amateur de sucreries et de sauces que de brosses à dents, Louis XIV laisse tomber en même temps ses dents et ses prétentions à un sourire Ultra Bright. Il fait plus fort encore : très vite la pourriture gagne le palais royal – sans jeu de mots – : des trous se creusent et désormais les liquides absorbés jaillissent parfois par le nez : dans les jardins de Versailles on a les jets qui sortent des fontaines, à table on a ceux qui sortent des fosses nasales du Roi, bref le spectacle est permanent.

Ces légers désagréments ne sauraient entamer le goût de Louis XIV pour les plaisirs de la table. On sait qu’il y passe un temps considérable et une jouissance à la mesure de ce dernier : on peut reprocher bien des choses à ce Roi, pas de ne pas savoir savourer les choses. C’est d’ailleurs pour cela que les McDo ne furent inventés que beaucoup plus tard.

Mais il est certain aussi que bien des mets sont désormais interdits à la bouche la plus prestigieuse du monde. Tout aliment un peu dur, un peu tranchant est susceptible de lui provoquer des douleurs insupportables. Les périodes les plus dramatiques sont propices aux inventions : la guerre de 14 et ses « gueules cassées » inventera la chirurgie esthétique réparatrice. En attendant les cuisiniers de Louis XIV rivalisent d’inventivité pour lui trouver des plats qui enchantent ses sens sans attenter à sa quiétude buccale.

La liste des recettes trouvées à cette occasion est relativement longue parait-il, une est particulièrement célèbre : le Lièvre à la Royale. Le Roi aimait la chasse, le gibier et désormais les nourritures sans aspérités excessives : ainsi était-il comblé…

Les lièvres et les Rois passent, les recettes restent, ainsi va la vie. Madame Trierweiler écrit un livre pour cracher dans la soupe, pourquoi pas ? On peut préférer consulter un livre de recettes et tenter sa chance avec un Lièvre à la Royale, l’affaire n’est pas gagnée… Il sera peut-être plus sûr de confier cette tâche à un Chef : et installé à une bonne table, on se prendra un instant pour Louis XIV, et l’on dégustera comme lui ce plat complexe… mais à pleines dents…

Jadis la question de l’absence de dents n’est évoquée dans des écrits que pour désigner le roi. Désormais c’est le peuple qui fait l’objet de cette attention : c’est à ce genre de détails que l’on voit que la démocratie progresse.

Martin Brem – Des cours de français au coaching orthographe et expression écrite, en passant par ses activités de « plume », d’écrivain ou de chroniqueur livres  : rien de ce qui concerne le plaisir des mots ne lui est totalement étranger…

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