Pour un Service civique Gastronomique obligatoire

De brillants intellectuels spécialisés dans l’art délicat de la Kalachnikov et de la ceinture à explosifs entendent expliquer aux gens comment il faut vivre en France… Voilà qui est intéressant…

Il y a un côté pédagogue chez ces individus-là, on ne le souligne pas assez. Ainsi ont-ils procédé à quelque carnage en janvier : las, certains bien-pensants ont considéré qu’il suffisait d’arrêter de procéder à des Caricatures – oubliant peut-être un peu vite l’épisode de l’hyper cacher – pour éviter de fâcher ces jeunes un peu remuants. C’est pour cela que, pour éviter tout malentendu, ces derniers ont procédé à une session de rattrapage explicative le 13 novembre, massacrant au Bataclan, aux terrasses des cafés, à l’entrée d’un stade. Désormais chacun cerne mieux la question : quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, quoi qu’il pense il a vocation à terminer en viande froide.

Il semblerait que ces charmants personnages -qui ont fait l’impasse sur l’option cervelle- aient au moins réussi une première chose : susciter la compassion et l’admiration pour les Français dans le monde. C’est une forme de performance : la cote du « mangeur de grenouilles » est quand même assez faible en général, en particulier du côté des pays anglo-saxons. Il est vrai qu’ils sont plus habitués au bœuf à la menthe ou à des flancs aux couleurs étranges qu’à nos plats un peu subtils -sans parler de nos fromages dont les senteurs sèment une autre forme de terreur chez certains gastronomes étrangers un peu peureux.

De fait, loin de se laisser démonter – dans tous les sens du terme – les Français ont envahi les terrasses – garçons / filles mélangés de quoi perturber ces adorateurs de la femme mise sous cloche -, boivent, mangent, continuent d’aller aux concerts, vont au stade et même se ruent sur « Paris est une fête » – en oubliant que Hemingway a terminé en se mettant son fusil de safari dans la bouche, ce qui est toujours un peu indigeste et de mauvais augure…

Cela est fort bien, et il ne s’agit pas d’entamer une polémique.

Mais comment ne pas trouver en tout cela un côté un peu brouillon et de craindre que cela ne dure pas. La France est dans l’émotion, il est temps qu’elle retrouve son rationalisme.

Il serait donc bon de cesser toute cette improvisation et d’instituer un Service Civique Obligatoire pour les Jeunes, pour tous les jeunes – à la différence de feu le Service militaire imposé aux seuls garçons et dont les parents manquaient de relations pour faire sauter cette corvée.

L’une de ses modalités essentielles serait de faire partie du Service Civique Gastronomique. Tout jeune homme, toute jeune femme serait tenu d’aller manger ou boire au restaurant au moins trois fois par semaine. Bien entendu la mixité à table serait obligatoire. Tout individu mangeant et buvant sans appétit serait signalé aux autorités compétentes : une fiche S s’imposerait alors.

Il faudrait par ailleurs une armée de Réservistes : celle-ci aurait le mérite de ne pas être limitée par des considérations d’âge – les Maisons de retraite signalant les Seniors encore aptes au service. Plusieurs fois par mois il s’agirait de servir la France et ses idéaux en s’installant là encore au restaurant. En général, avec le temps, on met simultanément de côté un peu d’argent et pas mal d’années : fort de ces moyens supplémentaires les Réservistes seraient dirigés sur des champs d’opération plus onéreux, style restaurants étoilés…

Mais tout cela ne serait rien sans un geste fort lors des Cérémonies du 14 juillet. Après les chars et les porteurs de Famas, les paras et les légionnaires, on pourrait faire défiler des gens qui porteraient un couteau et une fourchette, une serviette nouée autour du cou, un baladeur sur les oreilles, et un bouquin d’Hemingway dépassant de la poche. Et une jolie caricature en bandoulière : « On vous emmerde… ».

La France n’a pas de pétrole, pas sûr qu’elle ait toujours des idées. Mais elle a ses restaurants : c’est désormais un des hauts-lieux d’une forme de résistance, pas la plus désagréable, au demeurant. Pourquoi s’en priver ?

Martin Brem – Des cours de français au coaching orthographe et expression écrite, en passant par ses activités de « plume », d’écrivain ou de chroniqueur livres  : rien de ce qui concerne le plaisir des mots ne lui est totalement étranger…

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