Poser un GPS au fond de son assiette

L’époque n’a jamais tant vanté l’aventure. L’époque n’a jamais tant balisé les chemins à suivre pour le faire sans se tromper, vaste paradoxe.
On décide de partir au loin ? Le GPS est là pour nous éviter toute fausse route.

On veut changer de vie ? Les magazines de psycho nous disent ce qu’il faut faire pour enfin trouver sa voie. On n’est plus tout à fait satisfait de son couple sans vouloir le rompre ? Des sites sont là pour fournir l’amant(e) qui pallie durant quelques heures les ennuis de la routine.
De la même façon les guides abondent désormais pour orienter le gourmet vers l’auberge la plus sûre. A-t-on tort de les suivre ? Nullement. Il est des adresses que l’on n’aurait pas connues sans cela, cela aurait été bien dommage.

Il n’empêche…

On ne peut regarder sans plaisir moqueur ces hordes avides de selfies qui s’immortalisent devant la Joconde ou Versailles. Elles suivent le chemin balisé par le guide qu’elles tiennent entre les mains ou sur une tablette pour les plus geeks. Et pourtant : ne préfère-t-on pas parfois ces moments où l’on erre dans les salles à la recherche incertaine de l’œuvre que le passant pressé n’a pas remarquée et qui vaudra peut-être davantage que la Joconde à nos yeux ?

Il est de même ce sentiment de malaise dans bien des établissements prestigieux de ne croiser certains « gastronomes » que parce qu’ils ont été guidés par des citations dans la presse. Il est depuis longtemps des « vu à la télévision », on trouve désormais des « on m’a vu dans ce restau »,le ridicule ne tue pas, heureusement, car sinon quelle hécatombe… D’ailleurs, que l’on retire une étoile, qu’on en parle un peu moins ici ou là, et déjà on ne les reverra plus.
Taper sur son GPS l’adresse prestigieuse et manger un bon plat, voilà du bonheur. Mais peut-être que l’on trouvera aussi un plaisir intense à être celui qui aura découvert une adresse qu’il gardera pour lui, ou alors juste pour quelques très rares intimes. Parce que déambuler, se perdre, n’être sûr de rien, prendre le risque d’être déçu, de se tromper est aussi une forme de jouissance que le gastronome, le vrai, ne saurait bouder.

Notre époque fait l’éloge de l’aventure. Celle de trouver une adresse qui nous convienne vaut tous les tours du monde, ou presque… Peu de sponsors pour se lancer, mais une bonne assiette à l’arrivée, cela valait la peine d’essayer…

Martin Brem – Des cours de français au coaching orthographe et expression écrite, en passant par ses activités de « plume », d’écrivain ou de chroniqueur livres  : rien de ce qui concerne le plaisir des mots ne lui est totalement étranger…

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